Argousier : ce qu'il faut retenir de cette baie exceptionnelle
L'argousier (Hippophae rhamnoides) est un arbuste épineux dont les baies orange renferment 9 fois plus de vitamine C qu'une orange, 10 fois plus de bêtacarotène qu'une carotte et des omégas 7 rarissimes. Son huile, riche en acide palmitoléique, contribue à la régénération de la peau et des muqueuses. Utilisé depuis plus de 1 200 ans en médecine traditionnelle tibétaine et chinoise, l'argousier fait aujourd'hui l'objet de recherches scientifiques en Europe et en Asie.
Quinze fois plus de vitamine C qu’une orange, dix fois plus de bêtacarotène qu’une carotte, et l’un des rares fruits au monde à contenir des omégas 7 : l’argousier n’usurpe pas sa réputation de pépite végétale. Derrière ces chiffres qui donnent le vertige se cache un arbuste épineux aux allures modestes, enraciné dans les traditions médicinales depuis plus d’un millénaire. Partons à sa rencontre.
Hippophae rhamnoides : portrait botanique de l’argousier
L’argousier, de son nom scientifique Hippophae rhamnoides, appartient à la famille des Éléagnacées. C’est un arbuste dioïque (il existe des pieds mâles et des pieds femelles) qui mesure généralement entre 1 et 5 mètres, même si certains spécimens atteignent 10 mètres dans les pannes dunaires abritées du vent. Ses rameaux sont recouverts de poils argentés et se terminent par des épines acérées.
Les feuilles de l’argousier, étroites et lancéolées (2 à 8 cm), présentent un vert mat sur le dessus et un gris argenté en dessous. Quant aux fleurs, minuscules et verdâtres, elles apparaissent dès avril, avant même les feuilles. La pollinisation dépend principalement du vent, car la floraison survient quand les insectes pollinisateurs sont encore rares. On reconnaît un argousier femelle à ses bourgeons petits et arrondis, tandis que les mâles arborent des bourgeons coniques et dressés.
Les fruits, appelés argouses, sont de petites fausses drupes ovoïdes, jaunes à orange vif à maturité (septembre). Leur goût ? Un mélange surprenant d’ananas, de fruit de la passion et de citron. Acidulé, tonique, et assez inoubliable.
Argousier et arbousier : deux plantes très différentes
La proximité phonétique entre argousier (Hippophae rhamnoides) et arbousier (Arbutus unedo) est un piège classique. Pourtant, ces deux plantes n’ont rien en commun. L’arbousier est un petit arbre à feuilles persistantes de la famille des Éricacées, dont les fruits rouges rappellent des fraises. L’argousier, lui, est un arbuste épineux à feuilles caduques argentées, portant des baies orange en grappes serrées le long des rameaux.
Côté composition, l’écart est tout aussi net. Les baies d’argousier concentrent une teneur en vitamine C et en acides gras (dont l’acide palmitoléique) sans équivalent dans le monde végétal. Retenez simplement : arbousier = petites fraises rouges, argousier = petites baies orange gorgées de nutriments. La confusion est courante, mais désormais vous ne vous ferez plus avoir !
Une espèce pionnière qui s’adapte à presque tous les sols
L’argousier est une espèce pionnière au sens écologique du terme. Il colonise les sols pauvres, sablonneux ou calcaires, fixe l’azote atmosphérique grâce à des bactéries spécialisées (du genre Frankia) nichées dans ses racines, et enrichit le sol pour les plantes qui viendront après lui. En Angleterre, on a mesuré des taux de fixation d’azote de 179 kg/ha sur certaines plantations côtières.
Sa rusticité est remarquable. Cette espèce s’adapte à des températures allant jusqu’à -40 °C pour certaines variétés comme la Frugana. Elle supporte la sécheresse, le vent, les embruns, la pollution atmosphérique et la salinité des sols. L’arbuste prospère aussi sur des sols argileux, rocheux ou sablonneux avec la même aisance.
Composition nutritionnelle : ce que cache la baie d’argousier
C’est ici que l’argousier entre dans une autre dimension. Une analyse menée par l’Université d’Orléans (spectroscopie RMN à haut champ) a identifié dans les baies d’Hippophae rhamnoides :
- Acides organiques : acide malique et acide quinique en concentration élevée
- Vitamines : acide ascorbique (vitamine C), α-tocophérol (vitamine E), rétinol (vitamine A)
- Acides gras saturés et insaturés, dont l’acide palmitoléique (oméga 7)
- Carotènes (dont le bêtacarotène, responsable de la couleur orange éclatante)
- Composés phénoliques : flavonoïdes, acides phénoliques, glycosides
- Sucres et dérivés : glucose, L-québrachitol
Pour donner un ordre de grandeur parlant : la teneur en vitamine E de l’huile d’argousier atteint 330,4 mg/100 g, soit 4 fois celle de l’huile de tournesol. La présence simultanée d’omégas 3, 6 et 9, de polyphénols et d’acide hyaluronique naturel dans les baies constitue un cocktail de nutriments difficile à trouver dans un seul et même fruit. De quoi comprendre pourquoi cette baie intéresse autant la santé que la cosmétique.
L’oméga 7, l’atout rare de l’argousier
Seuls 4 fruits au monde contiennent des omégas 7 (acide palmitoléique). L’argousier présente une concentration au moins 20 fois supérieure aux trois autres. Pourquoi cet acide gras est-il si recherché ? Parce que l’acide palmitoléique est le composant naturel le plus proche du sébum humain.
Concrètement, cet oméga rare contribue à la régénération des muqueuses et au maintien du film hydrolipidique de la peau. Des recherches confirment l’intérêt de l’huile d’argousier pour la protection et la régénération de la peau et des muqueuses, comme le souligne le Dr A. Vernet (laboratoires Weleda) dans un article publié dans Phytothérapie en 2006 : « L’expérience populaire et les recherches contemporaines confirment l’intérêt de l’huile d’argousier en matière de protection et de régénération de la peau et des muqueuses. »
Bienfaits de l’argousier pour la peau et la santé
L’huile d’argousier possède des propriétés antibactériennes et anti-inflammatoires documentées par la littérature scientifique. La sélection rigoureuse de la variété et du mode d’extraction conditionne la qualité des bienfaits obtenus. Son profil en acides gras et en antioxydants en fait un allié de choix pour :
- La peau : hydratation, apaisement des inconforts cutanés (sécheresse, irritations), protection contre le stress oxydatif, soutien de la régénération cellulaire
- Les muqueuses : confort buccal, digestif, intime
- La santé globale et l’immunité : grâce à la concentration exceptionnelle en vitamine C et en bêtacarotène
- Les cheveux et les ongles : nutrition, éclat et vitalité. L’usage de l’argousier pour les cheveux est documenté depuis la Grèce antique, où les éleveurs nourrissaient leurs chevaux avec des feuilles d’argousier pour rendre leur pelage lustré
La thèse de Thomas Michel (Université d’Orléans / ICOA, 2011) a démontré le potentiel antioxydant et antimicrobien de différents organes de l’argousier, corrélé à la présence de flavonoïdes et de proanthocyanidines. Ses travaux ont permis d’identifier 3 acides phénoliques et 20 dérivés de flavonols dans les baies, extraits grâce à une méthode innovante sans solvant assistée par micro-ondes.
En complément alimentaire, l’huile d’argousier se prend par voie orale (en pipette ou en spray). En application cutanée, elle s’utilise sous forme d’huile sèche, de crème ou de soin pour le visage. Les deux voies sont complémentaires et ne s’excluent pas.
L’argousier en cosmétique : pourquoi l’eau et l’huile font la différence
La baie d’argousier contient deux trésors distincts : une eau native, riche en vitamine C et en acide malique, et une huile végétale concentrée en omégas 7, en vitamine E et en bêtacarotène. Utiliser l’un sans l’autre, c’est passer à côté d’une partie du potentiel de cette espèce végétale.
C’est d’ailleurs ce qui rend l’approche par « totum » si pertinente : réunir l’eau et l’huile de la baie dans un même produit, par biomimétisme, pour reconstituer la richesse naturelle du fruit. La couleur orangée caractéristique des produits bio à base d’argousier est due au bêtacarotène, un pigment antioxydant qui donne instantanément bonne mine au visage. Pour les cheveux aussi, cette synergie eau-huile apporte nutrition et brillance sans alourdir la fibre capillaire.
Par ailleurs, une étude publiée dans la revue Fruits (Górnaś et al., 2016) a montré que les boissons à base de baies d’argousier présentent une corrélation significative (r = 0,968) entre leur teneur en tocochromanols (vitamine E) et leur activité antioxydante. Autrement dit : plus le produit est riche en vitamine E d’argousier, plus il protège efficacement contre les radicaux libres.
Précautions et contre-indications
L’argousier est globalement très bien toléré. Quelques précautions méritent toutefois d’être mentionnées. Les personnes sous anticoagulants devraient consulter leur médecin avant une supplémentation orale, car les omégas peuvent influencer la fluidité sanguine. En cas de grossesse ou d’allaitement, il est prudent de demander un avis médical, faute d’études spécifiques à ce jour.
En application cutanée, l’huile d’argousier est rarement irritante, mais un test sur une petite zone de peau est toujours recommandé pour les peaux réactives. Les informations présentées ici sont données à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez votre médecin ou pharmacien.
Reconnaître un produit à base d’argousier de qualité
Tous les produits à base d’argousier ne se valent pas. Voici quelques critères de sélection à garder en tête :
- L’origine des baies : une plantation certifiée Agriculture Biologique garantit l’absence de pesticides. La nature des sols de culture influence directement la teneur en principes actifs des baies
- La sélection de la variété cultivée : certaines variétés comme la Clara sont plus riches en principes actifs que d’autres (Leikora, Friesdorfer Orange, etc.)
- Le procédé d’extraction : une extraction enzymatique, sans solvant ni chauffe, préserve l’intégrité des vitamines et des acides gras, contrairement à une extraction par solvant chimique
- La traçabilité : du champ au produit fini, chaque étape compte. Le délai entre récolte et transformation influence directement la teneur en vitamine C, extrêmement sensible à la chaleur et à l’oxydation
Un produit de qualité se reconnaît aussi à sa couleur. L’huile d’argousier authentique est naturellement orangée (bêtacarotène). Une huile transparente ou très claire pourrait indiquer une dilution ou une extraction partielle.
Un héritage millénaire, une plante d’avenir
L’argousier n’est pas un phénomène de mode. La médecine tibétaine traditionnelle recense quelque 84 ordonnances à base de baies d’argousier dans le rGyud-bZhi (Quatre Tantras médicaux). Les médecines chinoises, japonaises et ayurvédiques l’intègrent depuis des siècles pour la santé et le bien-être. Les délégations d’athlètes chinois aux Jeux Olympiques ont emporté des préparations d’argousier comme stimulant naturel autorisé. Et les cosmonautes russes l’ont utilisé en mission spatiale pour ses propriétés régénératives.
En France, cette plante fascinante retrouve ses lettres de noblesse. Dans les Alpes du Sud, des producteurs transforment les baies en confitures, sirops et jus. En Picardie maritime, l’argousier pousse en abondance sur le littoral. Et des entreprises familiales comme la Maison de l’Argousier, propriétaire de 26 hectares de plantation bio, développent des produits cosmétiques et des compléments alimentaires qui exploitent la synergie entre l’eau native et l’huile de la baie. L’argousier s’adapte décidément à tous les terrains, y compris celui de l’innovation cosmétique.
Que vous cherchiez à nourrir votre peau, à soutenir votre santé au quotidien, à prendre soin de vos cheveux ou simplement à découvrir une plante aux bienfaits hors du commun, l’argousier mérite une place dans votre quotidien. La nature, parfois, fait bien les choses.
Sources et références
- Vernet, A. « L’argousier (Hippophae rhamnoides L.) ». Phytothérapie, vol. 4, p. 125-129, 2006. Lien vers l’article
- Michel, T. « Nouvelles méthodologies d’extraction, de fractionnement et d’identification : application aux molécules bioactives de l’argousier (Hippophaë rhamnoides) ». Thèse de doctorat, Université d’Orléans, ICOA, 2011. Lien vers la thèse
- Górnaś, P., Mišina, I., Krasnova, I., Segliņa, D. « Tocopherol and tocotrienol contents in the sea buckthorn berry beverages in Baltic countries: Impact of the cultivar ». Fruits, vol. 71(6), p. 399-405, 2016. Lien vers l’article
- Rapport « Carte d’identité chimique de la baie d’argousier par spectroscopie RMN », Université d’Orléans (données internes).